L'épicure de Mystique

L'épicure de Mystique

Le jour où tout a basculé...

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Voilà je crois que je suis prêt. J'ai hésité peut être par crainte que l'on y voit une marque d'ego, d'orgueil, de prétention et puis zut et quand bien même. Je suis toujours vigilant à ce sujet car comme tout un chacun, je fais montre de ces aspects dans ma personnalité. Quand je repère mes petits travers, j'en ris et pratique l'autodérision. Je suis humain et comme tous je traverse des zones de turbulences.

Elles sont certes de moins en moins fréquentes et surtout je ne leur laisse pas trop d'oxygène. Je travaille quotidiennement mes assises pour ne plus me laisser dévaster trop longtemps par mes émotions et mes détours égotiques. je m'autorise d'exprimer mes émotions, étant d'un tempérament de feu, c'est surtout la colère qui m'emporte lorsque l'on me manque de respect et que j'ai l'impression que l'on s'essuie sur moi ou que l'on entre sur mon territoire sans y être invité. Chez moi l'on donne, l'on reçoit mais l'on ne prend pas.
Bref, là n'est pas le propos.

Ce qui m'a décidé, c'est de partager cette étonnante histoire qui a fait basculer ma vie. Offrir un peu de cette intimité qui est mienne car chacun le faisant en séance de soin, j'ai eu envie d'en faire autant. Histoire d'équité ?

Cela permettra de comprendre ce qui a déclenché cet engagement sur cette voix mystique dont le chamanisme est un aspect. Ce dernier n'est pas une fin en soi, loin de là, sans quoi j'en ferai un dogme, ce qui serait à mon humble avis un contre-sens et une erreur d'appréciation. Tout le monde peut pratiquer le chamanisme pour lui même. Devenir chaman pour le service aux autres est une autre histoire. Je témoignerai aussi de comment j'ai commencé dans le chamanisme et surtout comment j'y suis allé quasi à reculons et dans la plus complète ignorance et innocence

Alors justement, c'est cette histoire vécue il y a maintenant 7 ans que je vais relater : le jour où tout a basculé
non pas comment je suis devenu chaman (j'y reviendrai par ailleurs), mais plutôt l'évènement extra ordinaire qui m'a propulsé sur cette voie. J'avais déjà connu une grande expansion de conscience de 2000 à 2002 mais j'avais dû tout interrompre pour me consacrer à autre chose et surtout que je siphonnais le mal des gens sans pouvoir m'en protéger. j'étais trop ouvert et cela a fini par générer de l'inconfort lorsque je n'ai plus pu disposer du même temps pour moi même...

Cette première ouverture extra sensorielle c'était faite par un intense travail corporel dans le cadre de mon activité théâtrale. A l'époque je n'avais pas mis les mots que je mets dessus aujourd'hui, car tout c'était fait progressivement à la mesure des nombreuses heures passées à travailler l'expression authentique, environ 12 heures par jours minimum. Je n'avais que cela à faire, c'était mon métier. j'avais atteint une grande acuité sensorielle que je croyais normale et certainement pas mystique, du fait de l'intense implication dans ce travail corporel. bref ! En 2002, j'ai volontairement tout refermé en me disant que je verrai cela plus tard...le temps fait son œuvre de dissolution et l'oubli aussi.

En 2007, je me suis pris la plus grosse claque de ma vie, au figuré comme au propre ! En février 2008, j'avais entrepris d'en témoigner pour faire comprendre à mon entourage ce qui m'étais arrivé, étant face à de l'incompréhension et beaucoup de rejet. J'avais rédigé un petit script issu de prises de notes, espérant même en faire un livre et surtout pour soulager le chagrin d'être pris pour un fou. Je dois aussi ajouter que j'ai perdu tous mes amis. Seule ma compagne a cru en moi et son amour fut salvateur !

Je livre ce soir juste le premier chapitre, écris à l'époque. Le reste n'étant pas, relecture faite, forcément à propos pour le moment. Quoi qu'il en soit je ne dispose que de quelques pages, en voici les premières.
Bonne lecture.
Mysticien

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Préambule

C’est parce que l’on chuchote à mon oreille d’anciennes histoires, parfois secrètes et bien gardées ;
C’est parce que l’on dévoile à mes yeux des images sorties d’un lointain passé aux chroniques oubliées, d’un présent aux réalités insaisissables par la main, d’un futur dont parfois rien ni personne ne semble pouvoir en altérer le cours ;
C’est aussi parce que l’on nourrit mon esprit de sagesses intemporelles, de connaissances universelles proposées avec humour, douceur, bienveillance et justesse ;
C’est surtout pour toute cette joie, cette sérénité, cette chaude tendresse dont on inonde mon corps, mon cœur, mon âme, mon être tout entier que je souhaite témoigner.
Ecrire un livre ? Pourquoi pas ! Cependant tellement d’autres l’ont déjà fait et ce, de façon remarquable. Alors est-ce vraiment utile un ouvrage de plus, venant grossir les rangs des bibliothèques des passionnés de ce sujet là ? Prendre un bâton de pèlerin ? Déjà vu et pas du tout mon genre.
Comment partager avec le plus grand nombre mais surtout avec chacun ? Le livre est trop à propos, il devient incontournable. Et puis l’histoire qui va le nourrir et à la fois unique et authentique. L’on m’encourage à faire le simple récit d’incroyables évènements surgis dans la vie ordinaire d’un homme ordinaire. Soit ! C’est parti.

Voilà, je n’use d’aucune romance qui pourrait travestir la réalité des faits. Je n’ai aucune technique à vendre, aucun dogme à faire valoir. Je n’appartiens à aucune religion, groupe charismatique, ordre secret… et tout ce qui pourrait entraver ma liberté de penser.
Je suis simplement prêt à croire en tout mais pas à n’importe quoi.

Mysticien

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Chapitre 1


20 Avril 2007. Il est un peu plus de 10 heures du matin. Le thermomètre extérieur affiche déjà 25°c. Cette journée de repos à la maison s’annonce douce et agréable. La quiétude de la campagne, le fleuri du jardin m’invitent à reprendre un café en terrasse. Je m’installe confortablement dans un lourd fauteuil en bois. Oisiveté, rêvasserie et soleil sont bien partis pour me tenir compagnie. La chaleur abondante pénètre mon corps qui se détend. Mes pensées sautillent allègrement d’un sujet à l’autre, mon attention n’en fixant aucune particulièrement. Je prends une large inspiration pour lâcher une bouffée de bien être et bouffff ! Il sort un soupir à vous raser les ailes. Attrapé en plein vol, je m’empêtre vite dans les rets d’un profond état d’âme.
D’un bond, je m’arrache du fauteuil, agacé ! Agacé de ne pas comprendre. Pourquoi suis-je si triste ? Je n’ai aucune raison apparente, rien ne justifiant une telle profondeur de sentiments. Je fais volte face, prêt à élucider ce mystère. J’ai besoin de comprendre pour avancer, pour m’extirper de ces sables mouvants.

Certes, je sors d’une période de changement professionnel, de remise en question, de réajustements relationnels, d’intense activité.
La tempête de la table rase est passée et déjà se construisent de nouveaux projets, de nouvelles promesses. Quitter, lâcher, abandonner ce qui me décevait, me pompait, m’usait pour faire peau neuve et resserrer les liens affectifs et familiaux. Se défaire de vieux schémas étouffants pour en revêtir de plus heureux, de plus constructifs. La période de mue semblait finie, du moins en apparence. Disons pour être bref que j’avais suffisamment d’éléments pour être confiant….Mais alors, de quoi est faite cette intense mélancolie, cette nostalgie perpétuelle ?
Puis, je ne sais par quel curieux mécanisme mental, je suis soudainement convaincu que cette nature de tristesse mélancolique a toujours été là, chevillée au plus profond de mon être, faisant corps avec mon âme. J’ai grandi avec elle sans jamais pouvoir l’identifier. Aujourd’hui démasquée, je la découvre mystérieuse et invisible, lovée dans mon cœur. Soit ! Mais à quel moment ? Quelle période de ma vie a pu laisser s’installer cette gangrène ? Une foule d’autres questions m’assaillent, les propositions ne tardent pas à en faire de même. Je ne sais plus où donner de la tête. Quelle piste prendre pour comprendre ?
Je fais les cent pas dans le jardin. Cela m’aide à dérouler mes pensées, à ne pas tourner en rond. Puis de ce brouhaha mental naît une nouvelle idée, ou plutôt une intime conviction, presque une intuition. La cavalcade cérébrale s’arrête nette, mon corps aussi.

Et si tout cela avait un lien avec mes ancêtres ? C’est assez improbable, incongru mais j’en suis persuadé. Après tout, est-ce faux de dire que nulle famille ne porte d’incroyables secrets bien gardés ? Ces dernières décennies de guerre, de fanatisme, d’oppression, d’esclavage, de viols en tout genre ont peut être laissé chez les nôtres de douloureuses cicatrices, de vieux souvenirs traumatisants. Le silence en aurait beaucoup à raconter. A qui le polichinelle enterré dans la cave ?

Pour ma part, deux pistes se profilent spontanément, comme deux Ariane pour deux labyrinthes.
Du côté maternel, le premier souvenir qui me saute à l’esprit, est cette unique évocation d’une empoisonneuse. Elle aurait élagué quelques branches de ma généalogie…
Du côté paternel, je pense tout de suite au choc et à la violence de la guerre d’Algérie. Le déracinement, l’exode…une main devant, l’autre derrière !

Je demeure perplexe. Y a-t-il vraiment un lien ? Ne suis pas en train d’échafauder des plans sur la comète pour justifier mon mal être. Et quand bien même ! Ces histoires de familles sont passées sous silence. L’évocation de ces souvenirs génère chagrin, peine, souffrance, amertume, nostalgie. A quoi bon ressasser ces vieilles histoires, remuer un passé douloureux. « Vivons le présent » disent nos anciens quand nous tentons d’aborder ces vieilles mémoires qu’ils s’efforcent d’oublier.

Puis une phrase retentit dans ma tête. Je ne l’entends pas des mes oreilles mais mentalement, intérieurement. Elle est parfaitement claire et presque audible. Elle met court au vacarme de mes réflexions.
« C’est papi François, je suis ton ange gardien ! »

Une bouffée d’exaltation m’envahit. Je me frappe le front du plat de la main en me disant : « mais oui, c’est évident pourquoi n’y ai-je pas pensé plutôt ». Une intense vague d’émotion me submerge. La joie est tellement forte, puissante que j’en pleure.

A nouveau résonne dans ma tête : « c’est papi François, je suis ton ange gardien, votre ange gardien à tous ! ».
C’est reparti pour un tour de manège. D’abondantes larmes expriment mon bonheur de le savoir.
Que se passe-t-il ? Que m’arrive-t-il ? Je n’ai pas le temps d’y répondre. Je sens une présence à mes côtés, juste là ! Mais où ? Je ne vois rien. Trop de soleil, je me sens ébloui. Tous les poils de mon corps se dressent. Je suis en nage. La présence se rapproche, je le sens mais ne peux me l’expliquer. Mon corps est alors pris d’un premier soubresaut, puis d’un autre. L’intensité s’accroît. Ce sont maintenant de violents spasmes. Je suis plié en deux. J’ai l’impression que je vais vomir mes entrailles. C’est extrêmement inconfortable. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’est pas douloureux.
Le café ne résiste pas longtemps. Je me déplace pour me libérer l’estomac. C’est difficile. J’ai peine à marcher, tant mon corps me paraît lourd, lent, pesant. Quelques mètres encore. M’y voilà. Je me soulage. Les spasmes continuent à agiter tout mon corps. Je ressens le besoin de me mettre au sol, à quatre pattes. Je me sens écrasé, aplati par une force invisible. La présence est toujours là, plus discrète. Je sens émaner d’elle une incroyable bienveillance, une indéfectible patience, une inconditionnelle tendresse à mon égard. Ce qui est vraiment rassurant. Mes yeux de chair n’aperçoivent rien de tangible et pourtant quelque chose en moi capte l’authenticité de cet être invisible.

A nouveau des mots retentissent au cœur de mon esprit. « Je dois trouver la lumière, je dois trouver la lumière », suivi de « je te donne le flambeau ». Mon corps est secoué.
De bruyants haut-le -cœur me décident à me déplacer encore. En effet, ma compagne, thérapeute, reçoit en ce moment une personne dans une pièce de la maison, prévue à cet usage. Ayant totalement perdu la notion du temps, je crains que toutes deux me voient à genou, au milieu de la pelouse, en train de mugir. Ou simplement m’entendre depuis le cabinet de soins. Cela ferait désordre !

Je rassemble mes forces et m’arrache à la terre. Je n’ai que quelques mètres à parcourir pour ne pas être entendu ou vu. Je me sens plombé, comprimé dans mon corps, mais tout à fait lucide et conscient. J’oserai même avancer plus qu’à la normale. Autant mon corps semble entravé, autant mon esprit paraît libre.

Vient une nouvelle phrase : « Il y a un démon à l’intérieur, il doit sortir ». Immédiatement je me fais la réflexion que ce « démon » est une image, un symbole. Ce doit être quelque chose d’obscur, de secret dont je dois parvenir à me débarrasser. Car je ne donne aucun crédit à ce genre de superstition, de croyance. Je fuis l’église ou le temple comme la peste.
Je parviens enfin à ma cachette. Je tombe au sol, soulagé de cette intimité de fortune qui s’offre à moi. « Je vais attendre là que ça passe » me dis-je.
Cette fois c’est définitif, je ne parviens plus à ouvrir les yeux. Cela est même agréable de ne plus lutter pour les garder ouverts. De toute façon j’ai beau chercher de tous côtés, je ne vois rien avec mes yeux physiques. Un vague de paix et d’amour m’envahissent avec une telle puissance qu’à nouveau des larmes de joie perlent sur mes joues.
L’entité invisible est là, toute proche, à quelques centimètres de moi. Elle se tient debout, immobile, patiente et bienveillante. J’acquiers instantanément une très intime conviction. L’Etre devant moi est un « Saint homme , un océan de paix et d’amour ». Cela dépasse mon anticléricalisme, c’est une évidence, une vérité existentielle qui s’impose d’elle-même.
J’ai terriblement envie d’ouvrir les yeux pour le voir. Pour le voir de mes yeux vus ! C’est impossible. L’Etre de lumière, sans prononcer un mot ou une phrase, mais en me livrant une pensée globale dans laquelle tout est dit,( c’est comme une sorte d’information pure et immédiate. Du tout en un.), me fait comprendre qu’il est préférable que je garde les yeux clos. Sans quoi, ceux-ci risqueraient d’être brûlés par trop de lumière !? J’accepte car la compréhension que j’ai de ce conseil n’est pas intellectuelle. Elle est autre. Je ne sais comment la définir sur le moment. Les mots me font défaut.

Soudain une image s’affiche dans mon esprit. J’ai les yeux fermés et pourtant je vois. C’est un rapide flash : une silhouette lumineuse de grande taille et corpulente. Un autre flash. Cette fois il semble s’être rapproché. Je vois des jambes habillées de larges pantalons. Je souhaite voir son visage pour peut-être y reconnaître quelques traits de famille. La réponse ne tarde pas à se faire. C’est une pensée intuitive : « même avec les yeux de l’esprit, je vais être ébloui et aveuglé à vie ».

L’Etre s’adresse à moi : « je te donne le flambeau, tu dois porter le flambeau ».
Je lui réponds mentalement « je suis trop épuisé en ce moment, je n’y arriverai pas seul ».
Il enchaîne : « Appelle L. (ma compagne), nous allons avoir besoin d’elle ».

Incapable d’articuler le moindre mot, de faire le moindre mouvement, je lance cet appel par la pensée. Vu ma situation, je ne cherche même pas à savoir si cela va aboutir. Soit !
Il ne me reste plus qu’à attendre qu’elle termine sa consultation. Je m’arme de patience et trouve un peu de réconfort en me disant que cette situation va bien prendre fin, tôt ou tard. Je ne vais pas rester éternellement à quatre pattes, ballotté entre des vagues de joie inexplicables et des spasmes abdominaux qui le sont tout autant.

J’entends soudain la grille du portail, puis des pas sur le gravier de la cour. Je les reconnais. Ce sont ceux de ma tendre et douce. Elle a fini, elle vient dans ma direction. Pourvu qu’elle parvienne jusqu’à moi. Toujours dans l’impossibilité d’ouvrir la bouche, parler me semble un effort insurmontable, j’avance, genoux au sol, pour me hisser sur un bain de soleil situé à proximité. Je dois le faire. Je crains que ma compagne ne panique en me voyant au sol, dans cet étrange état. J’y parviens, comme si l’étreinte invisible lâchait un peu de son emprise. C’est tout de même du sport. Je suis en nage.

La voilà enfin ! Sans doute guidée par son intuition féminine qui a capté l’urgence de la situation, ma compagne me découvre. Je parviens à lui faire un geste de la main pour qu’elle s’approche. J’espère pouvoir lui chuchoter quelques mots afin de la rassurer. L’entité, quant à elle, semble s’être éloignée, je ne sens plus sa présence aussi proche. Je saisis la main de ma chérie et parviens à lui murmurer quelques phrases d’une pensée qui n’est pas tout à fait mienne. Certaines phrases lui seront audibles, d’autres non.

« Appelle ton ange gardien. Nous avons besoin de sa lumière. Ne cherche pas à comprendre, appelle ton ange gardien. Je dois trouver la lumière, je dois trouver la lumière. Mon papi François me donne la lumière, je dois porter le flambeau ».

Je sens que je dois ouvrir l’autre main, celle restée libre, pour qu’On y dépose symboliquement le flambeau. Monte alors en moi une déferlante d’énergie dont la force et le calme me donnent la sensation d’une puissance surhumaine, surnaturelle. Mes épaules me semblent deux fois plus larges, capables de supporter plus qu’il n’y parait. J’inspire profondément, enfin, librement. Tout s’arrête, c’est fini. Je reprends pleine possession de mon corps. Je le sens épuisé, vidé, lavé. Je me sens un peu grisé, presque euphorique.

Je lève le regard sur ma compagne. Je lui souris. Elle en fait de même. Elle me demande si ça va. Je lui réponds par l’affirmative. Elle se propose de me rapporter un verre d’eau et des mouchoirs. J’accepte volontiers. Quelques instants seul, et s’impose à moi un océan intérieur de plénitude, de sérénité, de force tranquille dont l’étendue et la profondeur se confondent avec une paix et un amour infini.

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Tout cela est goûteux mais j’avoue qu’intellectuellement je me sens mystifié. Je suis coi.
Je raconte à ma compagne les instants précédant son arrivée. A son tour, elle me fait part de son point de vue. Aucunement choquée ou apeurée, elle me dit qu’elle a déjà assisté à ce genre de transe médiumnique. Le mot est lâché !
Elle me précise qu’au moment où elle m’a entendu prononcer « je dois trouver la lumière », elle a visualisé une colonne de lumière descendant sur moi. C’est une technique de visualisation, un des nombreux outils thérapeutiques dont elle dispose. Personnellement, je ne suis pas rompu à ce genre de pratique. Par contre, je veux bien croire qu’il y ait eu une incidence, plus ou moins, sur le dénouement de cette première énigme. Car c’est bien ainsi. Je perçois cet évènement de manière énigmatique. Une foultitude de questionnements fait les cent pas dans les méandres de mon cerveau. Je n’y comprends rien. D’autant que je n’ai aucune connaissance sur le sujet. Par contre, il y a déjà eu des antécédents familiaux et personnels dans ce domaine délicat qu’est le paranormal. Cependant j’y reviendrai plus tard.

Je ressens immédiatement le besoin d’en savoir un peu plus sur mon grand-père paternel. Je ne l’ai jamais connu. Tout ce que je sais est qu’il est mort aux prémices de la guerre d’Algérie, d’un ramollissement cérébral, d’une dégénérescence nerveuse. Il aurait eu des difficultés à encaisser le choc du fratricide franco-algérien. Je porte son prénom en guise de deuxième prénom. Et c’est à peu prés tout.
Un manque de curiosité de ma part, le respect du silence autour des douloureux souvenirs des expatriés de ma famille, me font constater, non sans effarement, mon ignorance au sujet de grand-père.

Soit ! Que son flambeau éclaire le passé de mes ancêtres !

L’étape suivante est d’appeler mon père pour qu’il me renseigne, me raconte. Ma compagne ayant autre chose à faire et voyant que je vais bien, me demande si elle peut me laisser seul, le temps de faire trois petites courses avant midi. Le téléphone sonne. C’est mon père ! Ma compagne et moi échangeons un air amusé tant la coïncidence est énorme. Mon petit papa me dit « je viens de penser à toi à l’instant, j’appelle pour prendre des nouvelles ». Je lui explique brièvement ce qui vient de m’arriver, trop impatient de lui livrer mes questions.
Muni d’un papier, je prends note de quelques dates et autres informations. Ce sont autant de possibilités, de clés qu’il sera nécessaire d’essayer sur autant de serrures demandant à être ouvertes. En tout cas, mon intuition me guide à adopter une attitude de grande ouverture à tout ce qui va m’être dit.

Quelques détails échappant à la mémoire de mon père, celui-ci me conseille d’appeler ma tante. C’est elle, me dit-il, qui se souvient le mieux des dates, des prénoms, des degrés de parenté et de lignée de la famille. En plus aujourd’hui c’est sa fête. Toutefois avant de raccrocher, il me précise que je risque d’avoir du mal à la joindre. Hier un membre éloigné de la famille (mon grand père avait 17 frères et sœurs) a été fauché par un chauffard. Je ne peux alors m’empêcher d’associer à cet évènement tragique, à cette mort violente, cette phrase « je dois trouver la lumière » En effet ces mots tournaient en boucle et semblaient porter une énergie de panique, d’incompréhension, d’urgence et d’absolue nécessité. Qu’en penser ? Il y a-t-il vraiment un lien ? Est-ce qu’une simple association d’idées peut disculper un doute, un questionnement ? Je suis en effervescence, sorte d’exaltation m’aspirant vers le haut. Je tente de joindre la sœur de mon père. Je n’y parviendrais pas ce jour.
Mysticien

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Me voilà à nouveau absorbé dans mes pensées. J’échafaude des théories aussitôt démolies par d’autres. Je peine à croire ce qui vient de m’arriver. Je ne me sens pas fou ou schizophrène pour autant. Les idées défilent. Je dissèque, découpe, décortique, construis, déconstruis.
Il est de nouveau là ! Depuis combien de temps ? Je ne l’ai pas senti approcher. Je viens juste de percevoir intensément sa présence. Il s’est approché avec une telle douceur, une telle délicatesse. Je n’ai eu ni crainte, ni peur, ni sursaut de surprise. Cet être rayonne d’amour, de tendresse, de bienveillance. Je ne sais comment m’adresser à lui, quoi lui dire. Je suis tellement ému. La joie monte, monte, monte, je vais exploser de bonheur. Des larmes douces se déversent, joyeuses et rieuses, apaisant l’intensité de l’émotion. Je souhaite à mon tour lui rendre la chaleur de son accueil. Mais comment ? Je l’invite à entrer dans notre maison, à s’y installer s’il le souhaite. C’est étrange mais l’idée qu’il reparte me serre le cœur. Se séparer d’une telle source d’amour me paraît un déchirement insurmontable. Sa présence se fait encore plus proche. Je sens presque une main se glisser dans la mienne. Il demeure silencieux, impénétrable, je me sens mis à nu. Puis je le sens à nouveau s’éloigner sans raison apparente. Ma compagne est de retour. Mon ancêtre s’en va, sans doute pour lui éviter le même choc vibratoire que j’ai subi. Je sens son empreinte comme si les lieux avaient aussi absorbé sa présence presque magique. Tout est paisible. Même nos animaux domestiques semblent baigner dans cette sérénité presque palpable.
Quelques heures glissent ainsi, douces et savoureuses. L’envie d’une sieste se fait sentir. Il fait maintenant plus de trente degrés à l’ombre. Le poids de la chaleur, l’intensité de ce rendez-vous avec l’au-delà et la paix ambiante me garantiront un bon sommeil.

Je passe à l’étage et retrouve le confortable lit. La fenêtre ouverte laisse entrer un air chaud et agréable. J’ai la particulière sensation d’être en Algérie. Je rêvasse, c’est bon !
Comme précédemment, la présence de mon papi François s’impose à moi avec délicatesse. Allongé à mes côtés, toujours silencieux, il rayonne d’une indéfectible tendresse. Un câlin ! A sa façon il est là pour me faire un gros câlin. J’en suis bouleversé au plus profond de mon être. Ce grand-père, décédé dix ans avant ma naissance est revenu de je ne sais où pour venir me faire un câlin ! Si je n’étais pas entrain de le vivre, je ne pourrais jamais croire que cela soit possible, même dans les rêves les plus fous.
Aucun de mes sens physiques ne le perçoivent et pourtant je le sens, je le vois, je l’entends, je capte ses pensées. Je ne parviens pas à me l’expliquer. J’ai l’impression d’avoir d’autres yeux, d’autres oreilles. Mes sens se dédoublent me permettant, peut-être, de capter ce que l’on nomme l’Invisible. J’assaille mon ancêtre de questions. D’un air amusé, presque enjoué, il me répond : « Apaise-toi. Tu pourras me poser toutes les questions que tu veux plus tard. Pour le moment, repose-toi ». Je le vois, alors avec les yeux de mon esprit, poser doucement sa main au sommet de ma tête. Comme il est d’usage de le faire pour apaiser quelqu’un. Une vague de bien être me submerge.
Il s’en va ! Une fugace mais puissante sensation d’arrachement me fait bien comprendre que cette fois c’est définitif. Il ne reviendra pas dans quelques heures, ni dans quelques jours. Il s’en retourne dans sa réalité, dans son monde. Ma gorge se noue. J’ai envie de le supplier de rester encore un peu. Sa réponse, enfin je le suppose, est un fort sentiment d’amour à mon égard. L’agitation retombe et je sens le sommeil se faire plus proche. Je me retrouve seul dans l’ambiance presque surnaturelle de la chambre.

A peine ai-je fermé les yeux que je me sens comme transporté dans un autre lieu, une autre époque. Quelque chose en moi m’invite à ne pas bouger, ne pas réfléchir. J’ai l’intuition qu’il est important de ne rien faire. Juste laisser venir, simplement vivre ce qui se présente, sans jugement, sans arrière pensée, sans émotivité.
Le décor de la chambre s’est totalement estompé, laissant place à une autre chambre. La teinte générale de cette vision me fait penser aux couleurs passées des vieilles photos chinées dans les greniers de nos grand-mères.
Voici ce qu’il m’est permis de voir.
«Je me trouve dans une pièce dénuée de mobilier, de décoration. Sur ma gauche, des voiles blancs s’agitent à une fenêtre de dimension moyenne, plutôt carrée. Sur ma droite, mon regard se pose sur le corps d’un homme de grande taille allongé sur un lit de petite taille. C’est mon grand-père étendu, le jour de sa mort. Nous sommes donc le 4 juillet 1961. Je le vois de profil. Il est habillé d’un costume sombre. Les pieds chaussés de cuir, dépassent légèrement du lit. Les traits de son visage sont ceux d’un homme fatigué par la maladie mais reposant maintenant en paix. La pièce est vide, il n’y a personne d’autre. Juste une porte au-delà du lit, du corps. »

L’image s’estompe, j’ai encore plus envie de m’assoupir profondément. Certains détails de cette scène, dont tout particulièrement la disproportion de la taille du corps et de celle du lit, me seront confirmés par mon père…

Le reste de la journée se déroulera sans autre évènement paranormal. D’autant plus que notre fiston est rentré de l’école. Nous sommes en famille réunis tous les soirs. En effet j’ai du mal à imaginer l’esprit de mon grand-père apparaître en début de repas, lévitant au dessus de la table, pour nous souhaiter un bon appétit.

Toutefois demeure un phénomène particulier. Lorsque je tente de prononcer « papi François », je suis submergé par une vague d’énergie puissante à m’en couper le souffle. Cela dure une poignée de secondes et se termine par une mini explosion de joie. C’est comme si ces deux mots contenaient encore un peu de cette énergie phénoménale ressentie ce matin. Cette réaction corporelle prendra une telle intensité au cours des heures suivantes, que le simple fait d’évoquer par la pensée le nom de mon ancêtre déclenchera le même processus. Encore plus improbable, ma compagne sera pareillement émue en prononçant à haute voix « papi François ». Elle me confiera à la fin du week-end, son étrange sensation d’être en Algérie depuis 48 heures.
Même notre fils sera touché par l’énergie de paix et d’amour empreignant la maison. A peine rentré du lycée, sans être informé de quoi que se soit, il adoptera un comportement en disant long sur la sérénité et la plénitude qui semble le traverser lui aussi, à son insu.

Quant à moi, je suis perplexe, dubitatif. Ce n’est pas tant l’évènement en lui-même qui me trouble. J’ai déjà eu au cours de ma vie, un avant goût de phénomènes parapsychiques ainsi que certaines femmes dans la lignée de ma grand-mère maternelle. Nous avons tous et toutes refoulé ces facultés par peur et par ignorance car ces petites histoires insolites et anecdotiques ont été terrifiantes et traumatisantes. J’avais déjà mené une petite enquête personnelle sur le sujet, il a 7 ans. Faisant déjà à cette époque d’étranges expériences spontanées, j’avais tout simplement demandé si d’autres membres de la famille avaient fait part de ce genre de phénomènes…
Je développerai un chapitre entier sur l’aspect héréditaire de notre médiumnité latente.
Passé l’aspect incroyable voire hallucinant de la visite de l’esprit de mon grand-père, je dois comprendre le sens caché de ce rendez-vous hors des conventions d’usage. Je me doute bien que ce n’est pas une banale visite de courtoisie. Et puis il y a cette phrase : « je te donne le flambeau, tu dois porter le flambeau ». Cela sonne comme un rappel à l’ordre. Je suis tétanisé ! Que dois-je en faire ? Que dois-je comprendre ? C’est inouï, je n’ai rien demandé et tout ça me tombe dessus ! Une mission énigmatique ?! Une requête mystique ?! Une enquête chez les esprits ? Watson et fant’Holmes ?

La nuit est déjà bien avancée. Mon mental s’apaise enfin. La sérénade de la nature, oiseaux nocturnes et autres bestioles, me bercent et me rassurent. Le monde autour de moi est bien vivant, je peux dormir en paix.


Voila, il s’est endormi. Laissons le se reposer si vous le voulez bien. Vous serez, sans doute d’accord avec moi, cet homme vient de vivre une sacrée journée. Une petite confidence ? Ce n’est qu’un début, le premier opus d’incroyables rencontres avec ce qui est commun d’appeler l’au-delà, le monde de l’invisible. Enfin tout un programme ! Je ne vous en dis pas plus afin de ne point vous ôter le plaisir de la découverte d’une authentique histoire vécue…
Qui suis-je ? Je suis l’auteur de ce livre ! Je suis lui. Je suis cet homme.
Lequel ? Celui qui s’est endormi quelques lignes plus haut. Disons, c’est moi-même, quelques mois plus tard, avec un peu de recul, suffisamment en tout cas pour témoigner.
Allez ! Je vous invite à partager un peu de ma vie, à faire un petit bout de chemin ensemble. Juste le temps de ce livre, quelques heures tout au plus.
Bienvenue et bon voyage.

fin du 1er chapitre
Mysticien

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C'est fabuleux Stéphane, mais je ne sais pas pourquoi je suis très émue même aux larmes, j'ai du mal à comprendre pourquoi, je ne suis pas particulièrement triste, mais bon je m'arrête là je ne trouve pas mes mots merci énormément pour tout, pour ce cadeau que tu nous fait, ton histoire^^
Je te fais un gros calin! Bonne nuit

382 appréciations
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émotion, larmes....merci, tout simplement
Ludilafée

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Bonjour, bonjour…

Tu sais Stéphane cela est vraiment "marrant" car j'ai l'impression que c'est de moi que tu parle,à part que moi cela à commencé en 2003, mais aucune importance…
Alors je comprends très très bien tes ressentis…

Gros bisous de lumière...

Amaël

1648 appréciations
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Et bien, je dois avouer, qu'avant-hier en relisant ce script, 6 ans plus tard, j'ai aussi été pris de ces même sensations, de ces même larmes. Le texte contient encore de puissantes vibrations même après tout ce temps passé. C'est ce qui m'a définitivement convaincu de la pertinence de le mettre en partage, juste pour ces belles et puissantes vibrations.
Merci en tout cas de votre chaleureux accueil. Merci !
Mysticien

102 appréciations
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Merci Stéphane pour avoir osé ce partage...Les émotions sont fortes et les larmes présentent à la lecture de ce 1er chapitre, je suis profondément touchée...Je vous envoie à tous plein d'amour.

251 appréciations
Hors-ligne
Merci Stéphane pour ce partage frissonnant et émouvant.

Dernière modification le 22-05-2014 à 12:54:52

Dernière modification le 22-05-2014 à 15:32:59
artkenciel

20 appréciations
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Dernière modification le mercredi 03 Décembre 2014 à 07:24:43

14 appréciations
Hors-ligne
Vibratoirement intense et magnifiquement écrit...
Merci Stéphane de nous avoir offert ce "jour où tout a basculé" .
J'attends la suite avec impatience ..
Joie et jubilation de t'avoir croiser sur ma route...j'avais" appelé "cet été sur ma route le reseau des "chamans chanteurs, danseurs, conteurs et troubadours "...pour le coup tu es tout cela à la fois ...J'avais oublié écrivain!
Aujourd'hui tes mots en soin comme tes écrits racontent en image, on a le son , les odeurs , les couleurs, le film est présent tous le long.
C'est beau tant dans l'histoire que dans la manière de la conter....OUAOUOUOU
Et l'experience elle même vient raisonner là où l'histoire est universelle pour chacun avec nos morts , nos ancetres et l'amour qu'ils nous donnent, les "flambeaux" à porter et à transmettre .
Inspiration à plein poumons et joie dans les cellules en cet apres midi ensoleillée.
Un Immense MERCIIIII ))
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